Le jeûne comme thérapie ?

Pourquoi jeûner ? Pourquoi se priver de nourriture pendant quelques heures ou quelques jours ? Quels peuvent être les intérêts de ne pas manger ? Le jeûne pourrait-il être une thérapie ? Et si l’on jeûnait pour se soigner ?

« Le jeûne, une nouvelle thérapie ?» est le titre du remarquable ouvrage de Thierry de Lestrade. Que vous ne sachiez rien sur le jeûne ou que vous connaissiez déjà le sujet, ce livre vous emmène dans une histoire passionnante du jeûne entre Etats-Unis et Russie, entre résultats impressionnants et pressions des opposants à cette pratique.

En 2012, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade diffusent sur Arte le documentaire qu’ils ont réalisé sur le jeûne. Le livre est un complément détaillé de leurs découvertes et des rencontres qu’ils ont faites, additionné des avancées récentes de la recherche. Ce livre est pour moi un véritable coup de cœur, qui se « dévore » rapidement. Même si je m’intéresse au jeûne depuis longtemps et que je le pratique depuis plus de 10 ans, ce livre m’a fait prendre conscience de l’étendue des effets du jeûne sur la santé…et m’a même invitée à faire 7 jours de jeûne de manière impromptue !

« Comme nous l’a dit Valter Longo : « Il est difficile d’imaginer supprimer la nourriture à quelqu’un et qu’il devienne plus fort ». Et Valentin Nikolaev, à Moscou d’ajouter : « Il est encore plus difficile de l’imaginer pour un médecin. Jeûner, c’est un peu mettre sa tête à l’envers ».

 

  • Les premières cures par le jeûne – Etats Unis

Ce voyage au pays du jeûne permet de tracer un peu l’histoire de la médecine aux Etats-Unis à partir du XIXème siècle. Le Dr Tanner, en jeûnant 42 jours, en pleine forme et en perdant ses douleurs chronique, fait figure de pionnier. L’écrivain Upton Sinclair fait l’expérience du jeûne et la relate dans le livre « The fasting cure » : « Tout d’abord, il y eut un extraordinaire sentiment de paix et de calme, comme si chaque nerf fatigué du corps ronronnait tel un chat sous un poêle. Vint ensuite la plus ardente activité intellectuelle – je lisais et écrivais sans cesse. Et, pour finir, il y eut un désir des plus voraces pour le travail physique ». Le Dr Dewey lance le « no-breakfast plan », en invitant les personnes en bonne santé à jeûner pendant quelques heures en sautant le petit déjeuner. C’est une petite une révolution, qui fait des émules.

Cependant, l’engouement pour le jeûne et pour les médecines alternatives dérange. Il est rapidement et efficacement stoppé par l’association médicale américaine (American Medical Association), par l’industrie pharmaceutique de plus en plus puissante, et par un certain Rockefeller. Malgré des études aux résultats très prometteurs (notamment concernant le diabète et l’épilepsie) et la découverte qu’une nourriture réduite de 30% permet de doubler la durée de vie de rats (McCay and Crowell), le jeûne est peu à peu « oublié » au profit de la « médecine scientifique ».

  • Le jeûne thérapeutique – URSS

C’est en union soviétique que les études sur le jeûne vont se poursuivre, avec des résultats remarquables, notamment dans le domaine de la psychiatrie. Le Dr Nikolaev remarque que l’action du jeûne « opère sur l’ensemble du corps et non sur un endroit en particulier ». En faisant jeûner ses patients, il parvient à améliorer l’état de nombre d’entre eux, voire même à les guérir. Ce médecin et ses élèves donnent une place de choix au jeûne thérapeutique, en l’étudiant à la fois en clinique et en laboratoire de recherche. Ils constatent que le jeûne n’a aucun effet néfaste sur l’organisme, que « toute la physiologie du corps se modifie », et globalement que « L’organisme change, se renouvelle. Et quand le corps revient au métabolisme habituel, après la rupture du jeûne, ce n’est pas le même corps, c’est un autre corps, renouvelé. (…) Les changements touchent l’ensemble du corps et la personnalité ». Une vaste étude des effets du jeûne est même réalisée à l’échelle de cet immense pays. Les médecins observent que le jeûne soigne l’organisme entier, que l’asthme est soigné, tout comme les pathologies d’autres endroits du corps, inflammation, « hypertension, rhumatismes, maladies de la peau, obésité, ulcère, diabète… ». « Le jeûne thérapeutique permet de faire travailler les mécanismes d’autorégulation de l’organisme. (…) Ce mécanisme d’autorégulation est une capacité dont dispose tout être vivant : les plantes, les animaux et les êtres humains. C’est la sanogénèse ».

Dans le centre de jeûne crée au bord du lac Baïkal, les commentaires des patients parlent d’eux-mêmes : « 98% des patients affirment qu’ils se sentent mieux, et qu’ils sont plus mobiles, qu’ils attrapent moins de refroidissements, que leur immunité s’améliore ; 78% n’ont plus de douleurs des articulations après plusieurs cures ; 86% n’ont plus de toux à la sortie de leur premier jeûne ; 72% des migraineux n’ont plus d’attaques de migraine ou une seule attaque pendant un an après le jeûne. » « Après 15 jours ici, les gens repartent avec optimisme. Tout médecin serait content de voir de tels résultats en utilisant une méthode aussi simple et peu chère ».

  • La méthode Buchinger – Allemagne

Thierry de Lestrade, après le tournage du documentaire « Le Jeûne, une Nouvelle Thérapie ? » a fait l’expérience du jeûne en Allemagne, dans la clinique Buchinger, centre de jeûne médicalisé. Cette clinique a été fondée par le docteur Otto Buchinger, qui s’est soigné « miraculeusement » des suites d’un rhumatisme articulaire aigu, grâce au jeûne.

La méthode Buchinger autorise pendant le jeûne la consommation de bouillons et de jus de fruit, amenant très peu de calories, et permettant de rester dans l’état de cétose caractéristique du jeûne. L’auteur remarque la diversité des raisons qui poussent ses collègues de clinique à faire un jeûne.

« Si je peux jeûner, je peux tout faire », dit une participante, guérie de ses problèmes musculaires et articulaires.

Les médecins de la clinique constatent des améliorations notables de maladies inflammatoires telles que la polyarthrite rhumatoïde, le psoriasis, la maladie de Crohn : « par une mise au repos total du tractus intestinal, vous faites un remise à zéro sur ce front immunologique. Ce qui pourrait expliquer l’efficacité du jeûne sur les maladies auto-immunes ». Le jeûne a également une action très bénéfique sur le diabète de type 2, mais aussi sur l’hypertension, et également sur l’humeur.

  • Jeûne et cancer – Valter Longo – Etats-Unis

Valter Longer étudie le vieillissement dans son laboratoire de recherche (Université de Californie).

Valter Longo
Valter Longo

Dès ses premières années de recherche, il s’est intéressé aux effets de la restriction calorique sur l’allongement de la durée de vie. Valter Longo est aujourd’hui célèbre, notamment pour avoir montré que la cellule modifie son fonctionnement pendant le jeûne, passant dans un mode « conservation et protection ». Il est surtout connu pour avoir mis en évidence l’effet protecteur du jeûne lors d’une chimiothérapie. Lors du jeûne, les cellules saines passent en mode « conservation et protection » et sont beaucoup moins sensibles aux poisons que sont les substances chimiothérapeutiques. Quant aux cellules cancéreuses, elles sont incapables de passer au mode « conservation et protection », et sont rendues très vulnérables par le jeûne (car elles sont gloutonnes). Elles sont alors encore plus sensibles à la chimiothérapie. L’efficacité de celle-ci augmente, avec des effets secondaires ou « co-latéraux » qui diminuent. L’expression des gènes des cellules saines changent dès les premières heures du jeûne. Quant aux cellules cancéreuses, Valter Longo et son équipe notent que « dans certains cancers, des cycles de deux à quatre jours de jeûne sont aussi efficaces que la chimiothérapie dans le ralentissement de la progression tumorale ».

  • Jeûne intermittent

Le jeûne pourrait bien être également un moyen de prévention, du cancer et d’autres pathologies. Certains préconisent des jeûnes courts et réguliers, en jeûnant un jour par semaine, ou en réduisant drastiquement les calories ingérées pendant une journée ou deux par semaine.

Valter Longo et son équipe ont récemment montré que « jeûner trois jours peut régénérer complètement votre système immunitaire », via les cellules souches : les anciennes cellules sont éliminées, et de nouvelles sont créées.

Une régénération semblable a également été observée sur les neurones : « le jeûne intermittent (peut) accroître la résistance des neurones aux mécanismes de dégénérescence à l’œuvre chez les animaux atteints de la maladie d’Alzeihmer, celle de Parkinson ou celle de Charcot ». Un autre moyen de jeûner de manière intermittente est de diner tôt (vers 19h), puis de ne plus prendre de nourriture avant le déjeuner (et non le petit déjeuner) du lendemain, vers 12h30. Le corps a ainsi le temps (16h30) de se mettre en état de jeûne, avec modification du fonctionnement des cellules.

 « Le jeûne peut corriger le processus pathologique et améliorer le résultat fonctionnel dans les modèles animaux pour des troubles qui incluent l’infarctus du myocarde, le diabète, la crise cardiaque, la maladie d’Alzheimer ainsi que la maladie de Parkinson. L’un des mécanismes généraux du jeûne est, par le stress modéré qu’il induit, de déclencher des réponses cellulaires adaptatives, qui induisent une meilleure capacité pour faire face à un stress plus important et pour contrer les processus pathologiques. De plus, en protégeant des cellules des altérations de l’ADN, en supprimant la croissance cellulaire et en favorisant la mort des cellules endommagées, le jeûne pourrait retarder et/ou empêcher la formation et la croissance de cancers. »(Valter Longo et Mark Mattson).

Jeûner est un peu comme appuyer sur un bouton « reset » qui permet au corps d’exprimer ses formidables capacités de nettoyage et de régénération, complètement naturelles.

  • Autophagie – Prix Nobel

Le jeûne faciliterait le processus d’autophagie. Yoshinori Ohsumi a reçu le Prix Nobel de Médecine et Pysiologie en 2016, en récompense de ses travaux de recherche sur l’autophagie. L’autophagie est un mécanisme physiologique permettant la dégradation d’une partie du contenu de nos cellules, et favorisant le renouvellement cellulaire. Ses travaux apportent un autre éclairage sur le jeûne.

Pour en savoir plus, je vous invite à vous plonger dans le passionnant livre de Thierry de Lestrade :

Et si le jeûne était une méthode simple et efficace pour traiter de nombreuses maladies ? Question provocante, scandaleuse même, pour certains tenants du dogme médical, et pourtant … C’est cette histoire que restitue ce livre à succès, remarquablement documenté et accessible, fruit d’une enquête de plusieurs années. Dans une société où la logique consumériste est poussée jusqu’à l’absurde, le jeûne pose un paradoxe salvateur :  » Moins peut-il être plus ?  »

Et si le jeûne était une méthode simple et efficace pour traiter de nombreuses maladies ? Question provocante, scandaleuse même, pour certains tenants du dogme médical. Pourtant, depuis le docteur Henry Tanner qui jeûna quarante jours en 1880 à New York sous la surveillance de ses confrères, jusqu’au biologiste américain Valter Longo qui fait jeûner aujourd’hui des souris atteintes de cancer avec des résultats stupéfiants, les études scientifiques sur le jeûne ne manquent pas.
C’est cette histoire que Thierry de Lestrade restitue dans ce livre remarquablement documenté, fruit d’une longue enquête. Jeûner est-il dangereux ? Quels sont les mécanismes du jeûne ? Peut-on en mesurer les effets ? Quel est l’action du jeûne sur les cellules cancéreuses ? À toutes ces questions, et à bien d’autres, les chercheurs ont donné des réponses, souvent surprenantes. Alors que dans les pays occidentaux, la médecine moderne ne parvient pas à enrayer la baisse de l’espérance de vie en bonne santé, la pratique du jeûne, si ancienne, apparaît comme une thérapie nouvelle.

Vous pouvez également voir ou revoir le documentaire de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade

 

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